L'éducation sentimentale

13 février 2008

Oops, I did it again

Mimi_south_parkJ'ai passé ce week end de coupure entre partiels et second semestre à Copenhague avec deux amis, Q & G. Nous logions chez le cousin de G, Y (en erasmus là bas). Ils ne s'étaient jamais rencontrés et jamais vu, seulement ils avaient appris leur existence mutuelle quand G eut l'idée de taper son nom de famille sur facebook. Depuis lors le cousin Y était devenu une sorte de fantasme collectif, pour G puisqu'il représentait sa famille, pour Q parce qu'apparement il semblait très "choupi", pour moi enfin puisqu'on a voulu me caser avec lui pour que G et Q puissent dormir tranquillement sur les deux lits de la chambre que Y nous avait réservée dans sa résidence. Nous avons donc rencontré le cousin, le lendemain de notre arrivée, et effectivement il est très "choupi", mais pas vraiment mon genre. En revanche j'ai vite remarqué les Danois, grands blonds aux yeux bleus... inutile de dire dans l'état où nous nous trouvions, moi et Q. Le cousin Y nous invite le deuxième soir à une "party" dans la résidence et nous présente quelques uns de ses amis, quand nous le rejoingnons à 23h, il n'est déjà plus dans son état normal. Au bout d'un petit moment il engage G et moi (les deux filles du groupe, je ne sais pas s'il a bien compris que Q est gay) a aller draguer les Danois. En réalité avec G nous avions déjà rencontré de nombreux spécimens danois, en les aggressant à chaque pause clope, la bière à 3 couronnes (0,50€) aidant à nous sentir à l'aise. Des milliers de conneries en anglais débitées plus tard, nous dansons et reparlons avec le cousin, jusqu'à ce qu'une des petites blondes de la soirée ne lui mette le grapin dessus. Nous le voyons partir avec elle juste avant qu'il ne doive faire sa permanence au bar... adieu les bières gratuites... Et moi forcément je me prends ça pour un défi : je ne dormirai pas encore une nuit sur le lit de camp (à ce moment Q est remonté dormir, et ne s'est certainement pas installé dessus comme prévu). Quelques Marseillaises et danses pseudo-techtoniques plus tard, un des amis de Y que nous avions rencontré quelques heures auparavant vient nous parler. Comme d'habitude c'est G qui mène la conversation, et moi, dépassée par certains termes anglophones je me contente d'approuver en souriant. Puis sans même regarder trop le gars, je demande à G quelques instants. Et là je commets l'irréparable : je chuchote à l'oreille du jeune homme, en anglais, que j'aimerai bien rammener en souvenir un "danish kiss". Après lui avoir gouluement montré mes compétences labiales, je m'enfonce encore plus : "if you want some more...". Il semble qu'à ce moment il ait été très surpris, d'après G, qui d'après ce que je me souviens, est partie à ce moment là (c'est mauvais signe, quand la chronologie est brouillée). Je me suis très vite retrouvée dans sa chambre... dommage que j'ai été aussi bourrée, sinon je pense que j'aurais su apprécier le fait qu'il se soit montré aussi actif et aussi peu coincé (c'est un euphémisme). Mais voilà ça aurait aussi bien pu être très dangereux pour moi cette histoire, heureusement que c'était un charmant jeune homme (un danois-espagnol de 25 ans, futur diplomate) avec qui j'ai quand même pu pas mal discuter (en anglais !) et qui m'a même chanté du Jacques Brel pendant l'acte... Moralité : je devrai faire très attention à moi en Grèce. Ou pendant le second séjour à Copenhague.

Posté par Cecile de V à 11:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


03 janvier 2008

Littérature latine

Mimi_south_parkLes moments d'excitation sont très rares chez moi. A moins d’être physiquement stimulée par mon partenaire, j’ai rarement l’occasion d’être dans cet état quand je suis seule. Je peux rechercher cet état dans les phantasmes, mais je n’en ai pas, ou plus (puisque récemment réalisés ?). Mais là, ça y est, ça me tombe dessus comme ça : un passage du Satiricon particulièrement grivois que je vous cite plus bas, avec Still Loving You des Scorpions en musique d’ambiance... et voilà que me reparaît le visage du petit M. à un moment très particulier... Vive la littérature latine !

 

« Étant en Asie où j’avais été emmené par le questeur pour une levée d’impôts, je reçus mon billet de logement à Pergame. C’était un séjour charmant, non seulement pour le confort des appartements, mais aussi parce que l’hôte avait un fils ravissant. Je mis au point un plan pour que son père ne me soupçonnât pas d’avoir des vues sur lui. (....) Le narrateur parvient à devenir l’enseignant du garçon.

Il arriva qu’un jour de fête où la leçon avait été écourtée et où un festin prolongé nous avait ôté la force de gagner nos chambres, nous nous endormîmes dans la salle à manger ; Vers minuit je m’aperçus que le garçon était réveillé. D’un timide murmure à peine audible, je formulai ce vœu : « Déesse Vénus, si je puis embrasser ce garçon assez légèrement pour qu’il ne sente rien, je lui offrirai une paire de colombes ». Ayant entendu le prix promis pour mon plaisir, le garçon se mit à ronfler. M’approchant du simulateur, je le baisotais à loisir. Satisfait de cette entrée en matière, je me levai de bon matin, choisis une belle paire de colombes, et, m’acquittant de mon vœu, lui apportai ce qu’il attendait.

La nuit suivante, la même occasion se présenta. Je changeai mon souhait : « si j’arrive à le caresser partout sans qu’il s’en aperçoive, pour sa peine, je lui offrirai deux coqs de combat bien batailleurs. » A ce vœu, le jouvenceau s’approcha de lui-même, de peur, je pense, que je ne m’endormisse. J’apaisai sur le champ ses inquiétudes et savourai tous les replis de son corps, jusques et en deçà de la suprême extase. Et dès que vint le jour, il reçut, tout joyeux, le cadeau promis.

La troisième nuit m’étant aussi propice, je me levait et dis à l’oreille du faux dormeur : « Dieux immortels, si pendant qu’il dort j’arrive à lui faire complètement l’amour et à prendre mon plaisir, et à la condition expresse qu’il n’ait rien senti, pour la jouissance reçue, j’offrirai demain à ce garçon un superbe trotteur de Macédoine. » Jamais l’éphèbe ne sommeilla plus profondément. J’emplis tout d’abord mes mains de ses seins à la blancheur de lait, puis lui appliquait un baiser sur la bouche, enfin atteignis l’endroit où s’accomplirent tous mes vœux. Le lendemain, il resta assis dans sa chambre, attendant son cadeau comme d’habitude. Tu sais comme il est plus facile d’acheter des colombes et des coqs qu’un trotteur. Et en plus de ça, j’avais peur qu’un cadeau aussi important ne rendît suspecte ma civilité. Aussi, lorsque, après m’être promené quelques heures, je rentrai chez mon hôte, l’enfant n’eut de moi qu’un baiser et rien d’autre. Alors il regarda alentour, me passa les bras autour du cou, et me demanda : « Monsieur, s’il vous plaît, où est le trotteur ? »

Bien que ce manquement m’eût clos l’accès que je m’étais ménagé, je revins rapidement en faveur. Quelques jours après, le même concours de circonstances nous offrit une occasion identique. Dès que j’entendis le père ronfler, j’entrepris le garçon, le pressant de faire sa paix avec moi en me laissant simplement le rendre heureux. J’invoquais toutes les bonnes raisons que peux dicter un désir gonflé de sève ; Mais lui, buté dans sa colère, ne faisait que répéter : « Dormez, ou je vais le dire à mon père ! » Il n’est point d’obstacle dont l’acharnement ne finisse par venir à bout. Pendant qu’il répétait « je vais appeler mon père », je m’insinuai, et, malgré un semblant de résistance, conquis mon plaisir. Ma friponnerie ne le laissa pas de marbre. Après de longues récriminations sur sa déception et les moqueries des camarades auprès desquels il s’était vanté de mes largesses, il ajouta : « Quand même, vous allez voir, je ne suis pas comme vous. Si vous avez envie, refaites-le moi. » Du coup, oubliés tous mes torts, rentré en grâce auprès du garçon, je pris mon avantage et m’endormis. Mais ce deuxième acte ne suffit pas à l’éphèbe. Il était dans la fleur de l’adolescence, à l’âge où l’on brûle de se donner. Il me remit donc en érection dans mon sommeil et me dit : « Vous ne voulez plus ? » Certes, le cadeau n’était pas encore franchement une corvée. Aussi, vaille que vaille, éreinté, suant et suffocant, je pus lui donner son content, et, brisé de volupté, retombai dans mon sommeil. Moins d’une heure après, le voilà qui m’agace de la main et qui me dit : « Pourquoi on ne le fait plus ? » Moi, du coup, à force d’être réveillé, j’ai piqué une grosse colère, et je lui ai renvoyé du tac au tac : « Dors, ou je vais le dire à ton père !"
 

Posté par Cecile de V à 15:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 décembre 2007

Deuxième expérience

Mimi_south_park    Nous parlions dans les commentaires de rentre-dedans. Je vais vous raconter comment je m'y suis prise, samedi dernier, et comment tout cela est en train d'évoluer dans ma tête.

Après quelques verres et démonstrations ostensibles d'affection envers mes camarades d'internat que je n'avais pas revues depuis belle-lurette, voilà qu'un jeune homme décide d'engager le dialogue avec moi qui venais de lui balancer un "c'est dégueulasse" alors qu'il embrassait (sur la joue) une des jeunes filles de mon cercle de discussion.
    Je l'avais déjà remarqué, ce petit à casquette, en train de draguer une petite brune pas trop moche sur la piste de danse. Il s'assoit à côté de moi, et je lui répète ce qu'il n'avait pas entendu ("c'est dégueulasse"). Et après quelques phrases riches en vocabulaires mais dénuées de sens commun visant à lui faire comprendre mon point de vue, je commence à croire que je l'intéresse. Et puis la discussion deviens plus personnelle. J'ai envie de l'embrasser. Mon cerveau ayant en mémoire quelques évènements foireux, je décide de m'y prendre "subtilement". Je lui touche le bras, et lui demande à l'oreille, en murmurant, son âge. 18 ans. Il a le permis - donc une voiture, pensai-je peut-être presque aussitôt. Je suis perfide. Alors je ne sais plus très bien comment, mais je l'ai embrassé, et il a très bien répondu. Il embrasse bien, il fait plein de trucs différents avec sa langue, j'aime bien. Je crois me souvenir qu'à ce moment je lui ai demandé si on pouvait aller dans ma voiture et qu'il ma répondu qu'on avait tout le temps pour passer à cette étape. Alors j'ai continué à profiter de la soirée et lui aussi, chacun dans son coin, avec quelques scéances de contact bucaux mémorables pour l'assistance à chaque fois qu'on se croisait.
    Et puis je me suis sentie fatiguée, et j'ai réussi à le convaincre de m'emmener dormir dans sa voiture. Chouette. Au départ il ne devait pas rester, et finalement il n'est pas reparti. On a encore pas mal parlé tout en commançant les préliminaires, presque inconsciamment. Il me dit qu'il a une copine mais que demain il n'en sera plus rien. Je lui réponds que ce n'est peut-être pas la peine de la larguer pour moi et qu'on peut tout arrêter tout de suite. Il me semble qu'il m'a répondu non. La suite je vous la laisse deviner.
La suite est un peu moins réjouissante : j'ai pris son numéro et son adresse msn. Il a effectivement largué sa copine. Pour moi. Mais moi je sais très bien que ce n'est vraiment pas l'homme de ma vie. Je l'ai revu hier après-midi, et nous avons fait une autre soirée hier soir. Non vraiment je ne dois pas continuer... mais je n'arrive pas à ne serait-ce que savoir comment lui dire... et puis j'aimerai bien repasser quelques après-midi chez lui, il est si gentil... Pourquoi suis-je aussi impulsive et irresponsable !?
A suivre.

Posté par Cecile de V à 19:38 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

27 décembre 2007

Question existentielle

Pourquoi nous les filles, sommes-nous très rarement convaincues que nous sommes belles, et le sommes-nous bien plus souvent que nous sommes moches ? Tout cela a bien sûr à voir avec le coefficient de satisfaction sexuelle, de séduction et autres conneries dans le genre. Mais c'est un cercle vicieux ; comment retrouver la confiance en soi nécessaire à la séduction ? à l'inverse comment séduire quand on n'a plus confiance en soi parce qu'on n'a séduit personne ?

Posté par mon Henriette à 23:47 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

19 décembre 2007

Pour combler le manque d'affection (et de sexe)

Mimi_south_parkc'est pourtant pas compliqué :

  • un bon concert de rock
  • projeter de partir en Grèce au mois de mars
  • aller à des fêtes : jeudi, samedi, et re-vendredi
  • savoir que je vais pouvoir m'acheter des boucles d'oreilles quel que soit le prix
  • avoir eu un 14 en dissertation d'histoire ancienne
  • savoir que je vais fêter deux fois noël
  • c'est bientôt les vacances
  • me dire que je ne suis pas si moche que ça ;-)

Posté par Cecile de V à 21:38 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


18 décembre 2007

Des soirées avec de l'alcool

cabaret2L'inconvénient, dans les soirées des normaliens, c'est qu'il y a que des gays, ou des lourds. Fâcheux, pour draguer. Pour les gays, ça donne des trucs du genre : "ben il est où l'Argentin ? ouiiii il m'a pris dans ses bras ! raaaaah il est trop beau..." "Henriette, il est GAY" "oui je sais mais il est si beau...".
Pour les lourds, prenons l'exemple de Abricot-sec-man.
Oui, Abricot-sec-man est venu nous parler du coût des abricots secs à Poitiers, nous demandant si nous nous sentions concernées par le problème. Bien sûr, et d'ailleurs cela provient de la fameuse varicelle des oursins, n'est-ce pas. Nous n'aurions pas dû enchaîner ainsi. Il a eu l'impression qu'il avait des amies. D'où une drague assez ferme une bonne partie de la soirée. Mais, le fait était rédibitoire, il avait une tronche de con. De plus il a clamé haut et fort qu'il était hétéro, ce qui n'est pas non plus hyper fin (et oui, même quand j'ai bu, j'attends une finesse minime chez les jeunes hommes), et il a essayé de m'apprendre à fumer sur la base de la manière dont il fumait des pétards.
La fenêtre fut ouverte à un moment de la soirée ; je l'entendis dire "quel dommage, ça refroidit l'ambiance qui commençait à être chaude !" Je glissai alors à l'oreille de Cécile "pas pour tout le monde..." Vu la tronche qu'il a tiré, je pense qu'il a entendu. Grand bien lui fasse d'ailleurs.
Je me sens d'humeur joyeuse quand j'ai bu. Bien trop d'ailleurs, puisque je donne l'impression d'avoir le feu au cul. Il paraît que j'ai ostensiblement dragué la Monade C., bien que je ne me souviens pas de m'être particulièrement fixée sur elle pendant la soirée... Quoi qu'il en soit, on me dit de me méfier. Que ça serait dommage que je fasse des choses que je regrette après, comme laisser une fille coucher avec moi, ou même simplement de passer définitivement pour ridicule.
Je me méfierai, donc.

Posté par mon Henriette à 19:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 décembre 2007

De la guérison

cabaret2J'étais tranquillement dans ma chambre, après un oral de lettres qui s'est convenablement passé, à accrocher mes cartes postales au mur en chantonnant "en ce temps làààà..." ; et malgré mon gros rhume et ma voix cassée, j'étais de bonne humeur. J'étais connectée sur MSN en "absent" puisque de toute manière personne n'était sur internet. J'entends alors "toudoudoum", et toute guillerette je me dirige vers mon écran pour voir si c'est un message. "Mister K." s'est connecté. Je saisis la souris et sans prendre le temps de réfléchir je clique sur "hors ligne", et j'éclate en sanglots, sans savoir pourquoi. Deux secondes plus tard il est apparu déconnecté à son tour.
Je pensais que ça allait mieux... je l'espérais en tout cas.

Posté par mon Henriette à 14:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 décembre 2007

Ce n'est pas ma faute

"On s'ennuie de tout, mon Ange, c'est une loi de la Nature; ce n'est pas ma faute.

Si donc je m'ennuie aujourd'hui d'une aventure qui m'a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n'est pas ma faute.

Si, par exemple, j'ai eu juste autant d'amour que toi de vertu, et c'est sûrement beaucoup dire, il n'est pas étonnant que l'un ait fini en même temps que l'autre. Ce n'est pas ma faute.

Il suit de là, que depuis quelque temps je t'ai trompée: mais aussi, ton impitoyable tendresse m'y forçait en quelque sorte! Ce n'est pas ma faute.

Aujourd'hui, une femme que j'aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n'est pas ma faute.

Je sens bien que te voilà une belle occasion de crier au parjure: mais si la nature n'a accordé aux hommes que la constance, tandis qu'elle donnait aux femmes l'obstination, ce n'est pas ma faute.

Crois-moi, choisis un autre amant, comme j'ai fait une autre maîtresse. Ce conseil est bon, très bon; si tu le trouves mauvais, ce n'est pas ma faute.

Adieu, mon ange, je t'ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret: je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n'est pas ma faute."

Posté par mon Henriette à 18:09 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

30 novembre 2007

Proust, "Un amour de Swann", dans Du côté de chez Swann - les catleyas

Swann a l'habitude de rencontrer chez les Verdurin Odette de Crécy, une semi-mondaine qui ne correspond pas à ses goûts, jusqu'à ce que la découverte de sa ressemblance avec une figure de Botticelli fasse naître l'amour. Un soir où il se rend chez les Verdurin, et qu'il s'attend presque avec lassitude à retrouver Odette, l'absence de cette dernière provoque en Swann une angoisse maladive ; il la retrouve enfin après des heures passées à errer dans Paris à sa recherche.

Elle tenait à la main un bouquet de catleyas et Swann vit, sous sa fanchon   de dentelle, qu’elle avait dans les cheveux des fleurs de cette même orchidée   attachées à une aigrette en plumes de cygnes. Elle était habillée sous sa mantille,   d’un flot de velours noir qui, par un rattrapé oblique, découvrait en un large   triangle le bas d’une jupe de faille blanche et laissait voir un empiècement,   également de faille blanche, à l’ouverture du corsage décolleté, où étaient   enfoncées d’autres fleurs de catleyas. Elle était à peine remise de la frayeur   que Swann lui avait causée quand un obstacle fit faire un écart au cheval. Ils   furent vivement déplacés, elle avait jeté un cri et restait toute palpitante,   sans respiration.
—«Ce n’est rien, lui dit-il, n’ayez pas peur.»
Et il la tenait par l’épaule, l’appuyant contre lui pour la maintenir ; puis   il lui dit :
—Surtout, ne me parlez pas, ne me répondez que par signes pour ne pas vous   essouffler encore davantage. Cela ne vous gêne pas que je remette droites les   fleurs de votre corsage qui ont été déplacées par le choc. J’ai peur que vous   ne les perdiez, je voudrais les enfoncer un peu.
Elle, qui n’avait pas été habituée à voir les hommes faire tant de façons avec   elle, dit en souriant :
—«Non, pas du tout, ça ne me gêne pas.»
Mais lui, intimidé par sa réponse, peut-être aussi pour avoir l’air d’avoir   été sincère quand il avait pris ce prétexte, ou même, commençant déjà à croire   qu’il l’avait été, s’écria :
—«Oh ! non, surtout, ne parlez pas, vous allez encore vous essouffler,   vous pouvez bien me répondre par gestes, je vous comprendrai bien. Sincèrement   je ne vous gêne pas ? Voyez, il y a un peu...  je pense que c’est du pollen   qui s’est répandu sur vous, vous permettez que je l’essuie avec ma main ?   Je ne vais pas trop fort, je ne suis pas trop brutal ? Je vous chatouille   peut-être un peu ? mais c’est que je ne voudrais pas toucher le velours de la   robe pour ne pas le friper. Mais, voyez-vous, il était vraiment nécessaire de   les fixer ils seraient tombés ; et comme cela, en les enfonçant un peu moi-même...    Sérieusement, je ne vous suis pas désagréable ? Et en les respirant pour   voir s’ils n’ont vraiment pas d’odeur non plus ? Je n’en ai jamais senti,   je peux ? dites la vérité.»
Souriant, elle haussa légèrement les épaules, comme pour dire «vous êtes fou,   vous voyez bien que ça me plaît».
Il élevait son autre main le long de la joue d’Odette ; elle le regarda fixement,   de l’air languissant et grave qu’ont les femmes du maître florentin avec lesquelles   il lui avait trouvé de la ressemblance ; amenés au bord des paupières, ses yeux   brillants, larges et minces, comme les leurs, semblaient prêts à se détacher   ainsi que deux larmes. Elle fléchissait le cou comme on leur voit faire à toutes,   dans les scènes païennes comme dans les tableaux religieux. Et, en une attitude   qui sans doute lui était habituelle, qu’elle savait convenable à ces moments-là   et qu’elle faisait attention à ne pas oublier de prendre, elle semblait avoir   besoin de toute sa force pour retenir son visage, comme si une force invisible   l’eût attiré vers Swann. Et ce fut Swann, qui, avant qu’elle le laissât tomber,   comme malgré elle, sur ses lèvres, le retint un instant, à quelque distance,   entre ses deux mains. Il avait voulu laisser à sa pensée le temps d’accourir,   de reconnaître le rêve qu’elle avait si longtemps caressé et d’assister à sa   réalisation, comme une parente qu’on appelle pour prendre sa part du succès   d’un enfant qu’elle a beaucoup aimé. Peut-être aussi Swann attachait-il sur   ce visage d’Odette non encore possédée, ni même encore embrassée par lui, qu’il   voyait pour la dernière fois, ce regard avec lequel, un jour de départ, on voudrait   emporter un paysage qu’on va quitter pour toujours.
Mais il était si timide avec elle, qu’ayant fini par la posséder ce soir-là,   en commençant par arranger ses catleyas, soit crainte de la froisser, soit peur   de paraître rétrospectivement avoir menti, soit manque d’audace pour formuler   une exigence plus grande que celle-là (qu’il pouvait renouveler puisqu’elle   n’avait pas fiché Odette la première fois), les jours suivants il usa du même   prétexte. Si elle avait des catleyas à son corsage, il disait : «C’est   malheureux, ce soir, les catleyas n’ont pas besoin d’être arrangés, ils n’ont   pas été déplacés comme l’autre soir ; il me semble pourtant que celui-ci n’est   pas très droit. Je peux voir s’ils ne sentent pas plus que les autres ?»   Ou bien, si elle n’en avait pas : «Oh ! pas de catleyas ce soir, pas   moyen de me livrer à mes petits arrangements.» De sorte que, pendant quelque   temps, ne fut pas changé l’ordre qu’il avait suivi le premier soir, en débutant   par des attouchements de doigts et de lèvres sur la gorge d’Odette et que ce   fut par eux encore que commençaient chaque fois ses caresses ; et, bien plus   tard quand l’arrangement (ou le simulacre d’arrangement) des catleyas, fut depuis   longtemps tombé en désuétude, la métaphore «faire catleya», devenue un simple   vocable qu’ils employaient sans y penser quand ils voulaient signifier l’acte   de la possession physique—où d’ailleurs l’on ne possède rien,—survécut dans   leur langage, où elle le commémorait, à cet usage oublié. Et peut-être cette   manière particulière de dire «faire l’amour» ne signifiait-elle pas exactement   la même chose que ses synonymes. On a beau être blasé sur les femmes, considérer   la possession des plus différentes comme toujours la même et connue d’avance,   elle devient au contraire un plaisir nouveau s’il s’agit de femmes assez difficiles—ou   crues telles par nous—pour que nous soyons obligés de la faire naître de quelque   épisode imprévu de nos relations avec elles, comme avait été la première fois   pour Swann l’arrangement des catleyas. Il espérait en tremblant, ce soir-là   (mais Odette, se disait-il, si elle était dupe de sa ruse, ne pouvait le deviner),   que c’était la possession de cette femme qui allait sortir d’entre leurs larges   pétales mauves ; et le plaisir qu’il éprouvait déjà et qu’Odette ne tolérait   peut-être, pensait-il, que parce qu’elle ne l’avait pas reconnu, lui semblait,   à cause de cela—comme il put paraître au premier homme qui le goûta parmi les   fleurs du paradis terrestre—un plaisir qui n’avait pas existé jusque-là, qu’il   cherchait à créer, un plaisir—ainsi que le nom spécial qu’il lui donna en garda   la trace—entièrement particulier et nouveau.

Posté par mon Henriette à 11:09 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

25 novembre 2007

Remords

Mimi_south_parkOn me reproche mon acte : mon petit frère m’en veut et me traite presque de salope. Non pas parce que j’ai couché avec le petit M., mais parce qu’il sait que j’ai mis P. (mon ex) au courant. Je ne sais même plus pourquoi j’ai fait ça. Pour une fois je me rends compte que ne pas avoir une conduite irréprochable ne me va pas. Ce n’est pas moi, non. J’attends un peu pour savoir si ça va me pourrir la vie encore longtemps, ce remords. Si P. a avalé la pilule et m’a plutôt coupé l’herbe sous le pied sur ce coup là (il savait que j’allai lui dire pour l’emmerder alors c’est lui qui a posé la question en premier), mon frère lui a encore du ressentiment envers moi. Pourquoi ? Parce qu’il estime P., qu’il lui manque, et que moi, dans mon grand égoïsme je me suis amusée méchamment avec lui. Si cette conduite je l’ai estimée nécessaire, pour me prouver quelque chose à moi-même, parce que j’en avais tout bêtement besoin, si je ne la regrette pas (pour ce qui est de l’acte lui-même), je me rends compte à présent combien j’ai sérieusement déconné dans ma communication. Pourquoi avoir parlé de ça à P. ? Après tout cela n’a eu d’effet que quelques instants chez lui, et puis Vincent ne le savait pas jusqu’à ce qu’il tombe sur ma conversation msn. Mais je sais maintenant que suite à cette fameuse nuit P. lui a tenu un discours sur moi qui me déplaît, parce que forcément ce n’était pas pour faire mon éloge ; ils ont discuté ensemble de ma conduite qu’ils semblent juger « ne pas me ressembler » et ça m’est insupportable. Si tout ça recommence je me tairai devant eux deux. Mais je ne peux pas revenir en arrière et je persiste à croire que rien n’aurait pu être autrement. C’est ce qui m’a permis de me détacher de P. ; peut-être y avait-il une voie plus adulte, plus honorable, je n’en sais rien, je ne l'ai pas trouvée assez tôt. Je dois tout assumer, mais également reconnaître mes torts (ça en fait partie, non ?) pour ne plus les reproduire. J’espère juste que tout ça va s’oublier et que je pourrai tranquillement retrouver ma stabilité dans des bras qui auront besoin de moi comme j’aurai besoin d’eux au quotidien. Quelle merde, quand même.

Posté par Cecile de V à 23:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]